Société
des Ardoisières
de l'anjou

 

Souvenirs d'un ingénieur du fond


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vue de la batterie d'une lampe

vue de la batterie d'une lampe

Les lampes

A Misengrain, les matériels du fond étaient tous électriques, bulls, locotracteurs et haveuses, à l’air comprimé pour les perforateurs. L’air comprimé était fourni par des compresseurs électriques au jour. La machine d’extraction était animée par un moteur électrique. Les galeries étaient éclairées en 220 V, par des néons. Dans les chambres, des projecteurs éclairaient les postes de travail. Bref, sans électricité pas de travail.

Chaque personnel du fond s’équipait d’une lampe de casque, avec une batterie à la taille, y compris les clercs et moi-même. En remontant, on replaçait la batterie sur un banc de charge jusqu’à la prochaine fois.

Les batteries étaient prévues pour assurer une autonomie d’un poste complet, soit au moins 8 h par jour. Mais, compte tenu de l’éclairage à peu près partout, les lampes étaient très peu utilisées. Aussi, on ne connaissait pas l’état exact de chaque batterie, mais cela n’avait pas vraiment d’importance puisqu’il y avait de la lumière partout.

Compte tenu de ce besoin d’électricité, la carrière était alimentée par deux lignes EDF de provenance différente : le risque de coupure des deux lignes simultanément était donc quasi nul.

Un hiver, il y a eu une coupure sur toute une partie de la France. Le retour à une alimentation normale a été long et selon les régions. A Misengrain, la coupure a duré un peu plus de 4 heures.

Donc, tout à coup, plus d'électricité, plus de machine d'extraction, plus d’éclairage, plus de moteurs. Le travail s’arrête. Au début, on ne bouge plus, on attend que la lumière revienne. Après quelques minutes, on se dirige plus ou moins à tâtons jusqu’à l’endroit où on a déposé sa veste, sa lampe et son casse-croute, on s’assoit et on attend. Souvent, sur deux ou trois ouvriers, il y en avait un qui laissait sa lampe allumée par terre, au cas où.

Quatre heures, c’est long. Il semble qu’à l’époque, peut-être un quart des batteries de lampes de casque ont cessé d’éclairer, avant le retour du courant. Les ouvriers, par deux ou trois dans une chambre, dans le noir et le silence complet, ont du passer un bon moment. Surtout que la température moyenne étant en permanence autour de 16°C, rester sans bouger ne réchauffe pas.

D’une part, le fond a passé une commande conséquente de batteries neuves dans les jours qui ont suivi. D’autre part, on peut comprendre que la confiance dans l’autonomie des batteries de lampes de casque soit limitée, voir la réflexion du chef-clerc concernant l’issue de secours.


L’air comprimé

Des compresseurs, au jour, fournissaient de l’air comprimé en permanence. La facture d’électricité correspondante était intéressante. Le service achat, au siège, me l’avait fait remarquer plusieurs fois.

Les canalisations dans le puits et les principales galeries étaient montées en dur et plutôt correctement. Dans les travers-bancs et les chambres, elles étaient en dur ou en souple, montées, démontées, remontées, déplacées en permanence et la qualité des joints et raccords n’était pas le premier souci des ouvriers, loin de là. Il y avait des fuites d’air partout. Je souffrais quand il y en avait trop. Je faisais alors des réflexions aux clercs des quartiers concernés et dans les jours qui suivaient, il n’y avait quasiment plus de fuites. Satisfait, j’oubliais jusqu’à la prochaine fois.

A l’occasion, un clerc m’avait expliqué que le bruit des fuites d’air faisait partie de l’ambiance des chantiers. Qu’il n’y ait pas de fuite d’air dans une chambre n’était pas considéré comme normal, mais limite inquiétant !           

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