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Les chutes
Les chutes évoquent une masse de pierre qui tombe de la voute. Celles dont je parle ici concernent des blocs qui tombent sur des zones dites sécurisées, où du personnel est susceptible de passer.
Malgré toutes les précautions prises, le risque n’est jamais nul. Dans le cas présent, il n’y a eu aucun membre du personnel de touché, mais c’est juste « la chance ».
Il y a eu deux chutes qui m’ont été rapportées, pendant mes cinq années au fond de Misengrain. Je m’en souviens comme si c’était hier, avec tous les détails ! ………Euh, vraiment ?
Quand j’ai voulu écrire mes souvenirs, je me suis rendu compte qu’ils présentaient quelques incohérences. Plus j’y réfléchissais, plus je doutais. Je vais donc à suivre reporter les éléments dont je suis certain.
Quoique….
Chambre 17.
Les débiteurs dans une chambre, débitent les masses de pierre en blocs de dimension et de poids compatibles avec les capacités de la cage. Avec un treuil électrique qui entraine un câble passant dans une poulie située sous la voute, ils lèvent ce bloc, poussent un crapaud vide en dessous et déposent le bloc sur le crapaud.
La charge, ensemble bloc sur crapaud, est ensuite roulée en la poussant sur la voie jusque dans la galerie. Les ouvriers prennent alors un crapaud vide, le poussent dans la chambre et recommencent l’opération.
Ce jour là, en cours de débitage, deux débiteurs, chambre 17, au niveau 74, poussent une charge dans la galerie. A ce moment une masse de pierre se détache de la voute et tombe dans la chambre. Le poids en est estimé à plusieurs centaines de tonnes. Pour préciser le risque, les vestes et les casse-croutes des deux ouvriers se sont trouvés écrasés sous la chute.
Leur chance a été de se trouver dans la galerie quand la chute a eu lieu.
L’atelier
L’ouverture de voute de l’atelier, au niveau 231, s’est faite avec la découpe de tiroirs de 40 cm. Puis de tirs à la poudre noire pour faire tomber un banc. Comme la pierre, au niveau de l’atelier, était très peu fracturée naturellement, le banc, en tombant de 40 cm de haut, ne se défaisait pas en un « tas » de blocs. En général, le banc restait debout en un seul gros morceau, plus ou moins fissuré, mais entier.
Le passage entre le dessus de ce bloc et la nouvelle voute étant d’environ 40 cm, donc, il n’était pas possible de nettoyer la voute directement. Il fallait attendre d’avoir « viré » un morceau du banc pour dégager quelques mètres carrés de voute, pour y accéder et traiter cette voute.
Il avait été décidé l’organisation suivante : Deux débiteurs seraient « à la pierre », et un décalabreur s’occuperait de la voute, au fur et à mesure qu’elle serait dégagée. Le débitage des morceaux du banc était assez long. La voute étant très saine, le décalabreur n’avait que peu de travail à faire et passait une grande partie de son temps à attendre que le prochain bloc soit viré.
L’affaire que je raconte est la suivante : Le décalabreur en place, avait sans doute un peu froid, et en avait possiblement assez de regarder quelques m2 de voute et ses deux collègues travailler. Il a donc décidé de leur donner la main. Il est descendu des ponts et a travaillé au débitage avec eux, une demi-heure, une heure.
Quand il est remonté, il a demandé aux débiteurs de s’écarter un peu, car il y avait « un morceau qui ne lui plaisait pas ». Il a sonné le morceau et, au premier coup, celui-ci s’est détaché. Il est tombé sur le poste de travail où ils étaient tous les trois précédemment. Il aurait pu tomber tout seul.
D’un côté, cette organisation a prouvé son utilité en évitant un accident. D’un autre côté, là aussi, « ce n’est pas passé loin », il y a eu « de la chance ».
J’ai synthétisé ce qu’on m’a raconté et dont je me souviens : A la relecture, on peut se dire que le décalabreur, etc. C’est toujours facile de voir après-coup, ce qui aurait du être fait ou pas, de chercher une responsabilité quand on n’est pas sur place.
Pendant tout le reste de l’ouverture, j’imagine bien que les décalabreurs sont restés sur les ponts.
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