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La silicose
Les petites et moyennes particules de poussière d’ardoise sont arrêtées dans le nez et les bronches. Les très petites, de l’ordre du micron, descendent dans les alvéoles pulmonaires, et s’incrustent dans les dites alvéoles. C’est la « silicose » aussi appelée dans les ardoisières, la « schistose ».
Autour d’une particule, il se forme une calcification qui entraine une inflammation. Pour une particule, l’effet est négligeable. Une petite partie des poussières est éliminée par les globules blancs, mais une petite partie seulement. La maladie, la « fibrose pulmonaire nodulaire », est due à la quantité, avec le temps, et se traduit par une insuffisance respiratoire. Elle est irréversible.
J’ai rencontré un ancien ouvrier, qui marchait difficilement avec sa bouteille d’oxygène à la main. C’est vraiment « moche » comme maladie. Je n’ai pas trouvé d’autre adjectif satisfaisant.
La méthode utilisée au fond comme au jour pour lutter contre la poussière consiste à pulvériser de l’eau dès qu’il y a travail de la pierre. Cette méthode a commencé plusieurs années avant mon arrivée. Elle s’est révélée efficace.
Le personnel, du fond comme du jour, passait une radio pulmonaire régulièrement. Moi aussi. Les deux médecins du travail que j’ai connus m’ont dit la même chose : avec l’eau, il y avait très peu de problèmes. J’ai bien voulu. Le médecin avait une demi-journée de permanence toutes les semaines.
L’ancien médecin était un retraité de l’armée qui ne me paraissait pas exagérément passionné par son travail. Le nouveau, un jeune qui avait choisi cette spécialité par conviction, était très attentif. Un jour, il demande à me rencontrer et m’indique qu’un ouvrier embauché depuis 2 ou 3 ans, avait déjà une radio qui n’était pas « nette ». Il m’a indiqué que cet agent devait présenter une sensibilité particulière et qu’il allait le mettre « en inaptitude ». J’ai dû convoquer cet ouvrier et lui annoncer son licenciement, pour son bien. Un moment difficile.
Les anciens considéraient que la silicose faisait partie du travail. A l’occasion de leur départ en retraite, les anciens demandaient à la Société de Secours Minière une pension d’invalidité pour cause de silicose, pension qui leur était régulièrement attribuée. C’était en quelque sorte un dû.
Depuis la pulvérisation généralisée d’eau, il y avait beaucoup moins de problèmes de silicose, et donc beaucoup moins de pensions d’invalidité. J’ai entendu plusieurs fois des ouvriers se plaindre devant moi, qui n’avais aucun pouvoir sur cette attribution, qu’après toutes ces années, leur refuser une « rente » n’était pas juste. Je pensais par devers moi, qu’entre la rente et la santé, mon choix était vite fait.
Des mesures de poussière étaient faites très régulièrement : elles indiquaient des quantités très inférieures aux normes. J’ai eu plusieurs fois des accrochages avec des délégués qui mettaient en cause la validité ou même la sincérité des mesures. Ils basaient leur avis sur le fait qu’ils « mouchaient noir ». Pour moi, c’était un bon signe, cela voulait dire que le plus gros des poussières était retenu dans le nez, sans aller au fond des poumons.
Un effet de toutes ces pulvérisations d’eau, était qu’il y avait un maximum d’humidité au fond. Les parois étaient humides et on marchait dans la boue.
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