Société
des Ardoisières
de l'anjou

 

Souvenirs d'un ingénieur du fond


Société
des Ardoisières
de l'anjou

 

 

Lien vers la

Table des
matières





 

une flamme

Une "flamme"

 Les risques dus à la voute

Dans certaines mines, de charbon en particulier, il y a des risques d’explosion dus au « grisou », le méthane, aux «  coups de poussière », aux « dégagements instantanés » de gaz carbonique, ou aux « venues d’eau ».

Aux ardoisières, il n’y a rien de tout ça, juste le risque du à la voute, ce qui nous préoccupait suffisamment. Le principal risque concernait bien sûr la chute de blocs. En effet, le rocher présente des fissures, des défauts dus aux mouvements tectoniques anciens, ou aux tirs récents à l’explosif.

Leurs noms sont précis car ils concernent la sécurité et il est important que tout le monde parle le même langage. Certains défauts sont limités, les « chefs », les « asseraux », par exemple.

D’autres sont plus importants, et concernent tout un banc et même plusieurs chambres. C’est le cas des « bavures » et des « chauves ». Ces deux défauts sont de grandes fissures en oblique par rapport à la fissilité et à la verticale.

Les bavures présentent un remplissage, « tiennent » mal. Elles méritent donc une attention particulière et éventuellement une pose de boulons de soutènement. Il en est de même pour les chauves, qui comme leur nom l’indique sont très lisses mais « tiennent » mieux.

Les « rembrayures » sont du même ordre que les bavures, mais avec un pendage opposé par rapport à la verticale. Quand une bavure et une rembrayure se rencontrent, elles forment un « cœur ». C’est une masse de rocher, de section triangulaire, dont le pointe peut être à plusieurs mètres au dessus de la voute.

Quand on rencontre un « petit » cœur, pas de problème, on le fait tomber et tout va bien.

Pour les « gros » cœurs, la difficulté est d’abord de les reconnaître. En effet, compte tenu de la masse, ils ne « sonnent » pas. Il y a un risque de chute important, car les bavures et rembrayures ne « tiennent » pas. De plus, ce ne sont pas quelques boulons d’encrage qui supporteront si ça lâche.

La bavure peut être rencontrée dans la voute et donc connue. La rembrayure peut être dans le banc non exploité, par exemple. A l’occasion d’un tir, le banc une fois tombé, elle apparaît. Le cœur est dégagé. Cela veut dire qu’il faut parfois revenir plusieurs mètres en arrière pour « traiter » la dite voute.

Je me souviens qu’à l’époque, rencontrer un cœur important posait des problèmes de sécurité, pouvait désorganiser un quartier et décaler la production d’une chambre de plusieurs jours, sinon plusieurs semaines.

Quoi qu’il en soit, 100 tonnes, 100 kg, ou même 1 kg, il fallait traiter tout risque de chute.

Des zones étaient parfois délimitées par du ruban blanc et rouge, type travaux publics, à ne pas dépasser, même par les mains, voir la notion de verticale. Un élève ingénieur, stagiaire de l’école des mines, a voulu mettre sa main où il ne fallait pas, pour prendre une « flamme ». Un petit morceau coupant de quelques kg lui a abimé la main, coupé les tendons de trois doigts, tendons qui n’ont pas pu être réparés, à l’époque. Il lui a été reconnu par la suite une invalidité.

Une « flamme » est un morceau de schiste, d’une jolie forme, découpé par un tir, voir la photo en exemple.

page suivante