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Les débiteurs
Le débitage de la pièrre consistait à refendre ou couper des blocs à des dimensions et à un poids maximal. Il s’agissait de ce que pouvait admettre la cage.
C’était un travail assez physique. Par contre, entre les passages du clerc de quartier, l’équipe organisait son travail à sa façon, comme un peu partout au fond, d’ailleurs.
Une fois un bloc découpé, il était entouré d’une chaîne, tiré et levé par un treuil électrique. Une voie était posée sur les remblais jusqu’à l’aplomb de la poulie. Le bloc était posé sur un crapaud. Si le bloc était trop léger, un deuxième petit était posé dessus.
Ensuite, la « charge », le crapaud avec le bloc, était poussée dans la galerie et l’équipe revenait avec un crapaud vide pour la prochaine charge.
La photo ci-dessus monte un poste de débitage dans une chambre exploitée par la méthode « à rabattre ».
Une photo, ci-dessous, montre un débiteur qui refend un bloc, dans une chambre « à baisser ». En arrière plan, on aperçoit une charge qui est remontée jusqu’au travers-banc.

Les ouvriers d’équipement
Quelques équipes étaient employées à l’équipement des chantiers : La pose et le recalage des voies, la pose et l’entretien des tuyauteries d’air comprimé et d’eau, les gaines d’aérage, les bétons de propreté, etc.
Je ne sais plus comment ils étaient nommés. Par contre, je me rappelle que les décalabreurs étaient à « l’échelle 6 », les débiteurs à « l’échelle 4 », et les ouvriers d’équipement à « l’échelle 5 ».
Ile étaient réputés polyvalents. A l’occasion, ils revenaient quelques postes « à la pierre », emplois qu’ils avaient occupés auparavant.
Les visiteurs
Les nouvelles voutes en galerie ou en chambre étaient traitées par les fonceurs et les décalabreurs.
Avec le temps, des blocs, plus ou moins gros, pouvaient « travailler ». Le suivi des voutes des galeries, des chambres, des garages et ateliers, était fait par des « visiteurs de voute ». Ils étaient choisis parmi des décalabreurs confirmés. Ils passaient partout, régulièrement, on « comptait » sur eux.
C’était un poste « tranquille », bien payé, mais avec une responsabilité morale.
Un jour, un visiteur nouvellement nommé avait demandé à me voir. Avec le chef-clerc, Je l’avais reçu. Il m’avait indiqué savoir que d’une certaine façon, il se sentait responsable de la sécurité de ses collègues dans les galeries. La charge était trop lourde pour lui, et il n’en dormait plus. Il demandait à redevenir décalabreur sans être sanctionné. Son inquiétude d’une sanction m’avait surpris. Je lui avais alors indiqué qu’il n’y avait pas de problème, que je comprenais, qu’il reprendrait l’ancien poste avec l’ancien salaire et que tout irait bien.
Le délégué mineur
Il y avait comme dans toute entreprise des délégués syndicaux, nommé par les syndicats, et des délégués élus par le personnel. A Misengrain, c’était moitié CGT, moitié CFDT, ce qui n’était pas sans créer des surenchères, notamment au moment des élections. Ceci dit, même s’ils avaient la revendication facile, comme à la Grand-maison, nos relations étaient correctes, on était « du fond ».
Cas spécifique, un ouvrier était élu par le personnel, le « délégué mineur ». Il gérait son temps, et avait le droit d’aller partout. Il était chargé par la loi d’examiner les conditions de sécurité sur le chantier, et en cas d’accident, d’en relever les circonstances.
Heureusement, il y avait très peu d’accidents. Il était en fait surtout délégué syndical. Il discutait les conditions de travail. Il y avait sans doute des désaccords et des discussions plus ou moins animées entre les clercs et le délégué mineur. Elles ne « remontaient » pas jusqu’à moi, elles « restaient au fond ».
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