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Les décalabreurs
La carrière étant souterraine, il y a des voutes au dessus des galeries et des chambres d’exploitation. Il faut les nettoyer, en « sonnant » la pierre, les « purger », faire tomber ce qui peut tomber, les renforcer, avec des « boulons » et éventuellement des « feuillards ».
Ce travail dit de « décalabrage » est effectué par des « décalabreurs ». C’est un travail important car il assure la sécurité du personnel qui passera en-dessous.
« Sonner » la pierre : La voute est frappée au moyen de masses, les « pics moyens », prononcer « pi », munies d’un long manche flexible.
Je vais simplifier. Quand le son est « ping », cela signifie que le bloc testé fait partie du massif. Quand cela ne sonnait pas, tout allait bien.
Quand le son est « blong », cela « sonnait », cela signifie qu’il y a une ou des fissures et que le bloc peut se désolidariser du massif à tout moment. Il fallait donc le faire tomber, éventuellement avec un « pétard », un tir avec une seule cartouche d’explosif.
Entre les deux, c’était suivant l’expérience de l’ouvrier. Selon les cas, il y avait pose d’un « boulon ». Il s’agissait de boulons à expansion de 1 à 3 m, qui rendaient le bloc solidaire du massif.
J’ai souvent entendu sonner des voutes ou régulièrement des bancs litigieux, pour décision. « On laisse, ou on tire ? » (à l’explosif). Ce genre de décision influe sur l’organisation de la production mais doit tenir compte de la sécurité.
Personnellement, je n’avais pas assez d’oreille. Je trouvais en général que ça ne sonnait pas. Le clerc ou le chef clerc avec moi, lui, disait « ça ne sonne pas, mais… ». Tout était dans le mais. Compte tenu de leurs années d’expérience, je leur faisais plutôt confiance. Surtout que c’était eux qui allaient travailler tous les jours en dessous !
D’un autre côté, le risque zéro n’existe pas. Si l’on veut une sécurité totale, on ne descend pas dans la mine ! En cinq ans, il y a eu deux « chutes ». J’en parlerai plus loin.
Le décalabrage se faisait sur des « ponts », passerelles fixées à la voute avec des « boucles », pièces métalliques coincées dans de petits trous de mine.
Les décalabreurs travaillaient à l’extrémité de ponts, sur des planches en bois, qu’ils faisaient avancer au fur et à mesure du décalabrage : ils étaient équipés d’un baudrier avec une « longe » fixée sur une boucle un peu en retrait. Il valait mieux tomber « à bout de longe » en cas de problème que de chuter sur des blocs plus ou moins coupants, quelques mètres plus bas.
Une photo vaut mieux qu’une longue description :On voit bien sur la photo de la page précédente.
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