Société
des Ardoisières
de l'anjou

 

Souvenirs d'un ingénieur du fond


Société
des Ardoisières
de l'anjou

 

 

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aun clerc et l'IdF

Un clerc et moi, jeune et barbu, avec un perforateur sur un poussoir.

 

L’encadrement

Deux postes de travail se succédaient de 7h à 15 h, et de 15h à 23 h. les postes échangeaient régulièrement. Le personnel descendait au début, et remontait à la fin de chaque poste, avec une demi-heure pour le casse-croute.

Dans chaque poste, l’encadrement était assuré par un sous-chef clerc et des clercs de quartier.

Les clercs étaient tous d’anciens ouvriers. Quand un ouvrier présentait des qualités qui laissaient à penser qu’il pourrait faire un jour un bon clerc, il avait un traitement un peu à part : L’idée en était que s’il devenait clerc, il aurait à « commander » ses anciens collègues, ce qui n’est pas forcément facile, tout au moins au début.

On essayait de ne pas l’employer dans trop d’équipes, en tenant compte du caractère des collègues. D’autre part, on lui faisait faire un peu tous les métiers.

Je suis désolé de constater que j’ai côtoyé ces gens pendant 5 ans, et qu’aujourd’hui, 45 ans après, si je pense que je les reconnaitrais, je ne me souviens pas de leur nom.

Il y avait entre 70 et 80 personnes par poste. Un sous-chef clerc encadrait chaque poste.

Le chef clerc encadrait tout le personnel du fond, sous la responsabilité du chef d’exploitation. Celui de Misengrain était à l’époque Moïse Louin. Au fond, et même au jour, tout le monde l’appelait Moïse.

Personnellement, je vouvoyais tout le personnel, et appelais Moïse par son nom. Mon prédécesseur tutoyait tout le personnel. Son surnom était « le baron ». Je n’ai pas su si j’avais un surnom et si oui, lequel. C’est peut-être aussi bien pour mon amour propre. Désormais, il y a prescription.

Le chef clerc descendait souvent le matin avec le poste, mais était amené à aller au jour, passer des commandes de matériel au bureau, descendre l’après-midi pour échanger avec le sous-chef clerc à contre-poste, faire des points avec des gens du jour ou avec moi, par exemple. Il gérait donc son horaire.

Quand il descendait le matin, il passait au bureau à 15h, et en quelques minutes, on faisait le point de la journée. Quand je descendais et suivant sa disponibilité, je faisais le tour d’une partie du chantier avec lui. On allait là où il y avait matière à discuter. Et il y avait.

Il avait commencé au fond à 14 ans et quelques jours, fait tous les métiers du fond. Il connaissait tout le personnel, et le chantier par cœur, c’était son domaine. Techniquement et humainement, il était respecté. Moïse, c’était « un bon ».

Mon domaine, c’était plus le travail de bureau, les plans, les statistiques, les budgets, les plannings. Ingénieur de formation, j’avais, sur l’exploitation, un avis technique, de résistance des matériaux, de l’utilisation de matériels, sur des installations électriques par exemple. A la fin, je commençais à bien connaître et à avoir des avis sur l’exploitation.

Je reconnaissais ses compétences. Il reconnaissait les miennes. J’en étais conscient, mais il n’hésitait pas à me faire prendre les décisions qui l’embêtaient. En plus, il était malin.

J’étais jeune diplômé, il avait une vingtaine d’années de plus que moi, on était très complémentaires. Il m’a formé au métier du fond. Merci Moïse.

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